Hua Jin : Forces invisibles

par Photo Solution

La galerie montréalaise La Castiglione présente du 28 octobre au 14 novembre l’exposition Forces invisibles de l’artiste Hua Jin, commissariée par Iris Amizlev. Cette exposition solo rassemble des photographies tirées d’un projet visuel quotidien (Visual Diary 2020), des oeuvres créées aux suites du confinement avec comme intention de transmettre beauté et espoir aux gens. Pour ce deuxième projet de l’automne 2020, La Castiglione vous fait découvrir ces oeuvres chez Projet Casa, au 4351 avenue de l’Esplanade, sur rendez-vous.

Depuis l’apparition de la pandémie de coronavirus, Hua Jin a régulièrement eu l’occasion de trouver du réconfort dans l’isolement de la campagne. Pour une artiste profondément liée à la nature, le fait de passer quelques mois entourée d’un paysage inspirant a eu un effet heureux en lui accordant le privilège de se concentrer sur sa création artistique. Le confinement de Jin lui a donné la liberté d’explorer de vastes étendues, presque à l’infini; envoutée, elle fut transportée dans un voyage introspectif, documentant le décor tout en se livrant à des méditations sur les lieux.

Consciente de la bénédiction de son isolement dans une telle splendeur, Jin s’est sentie interpellée à partager l’effet caressant que la nature prodiguait sur son âme. Elle a donc débuté un projet en cours — un journal visuel — qui se double du rituel quotidien de la mise en ligne de photographies et de vidéos sur les médias sociaux. La tranquillité et le recueillement de cette période ont suscité un processus créatif parallèle, lui inspirant de courts textes — réflexions et affirmations — qui accompagnent ces contributions.

À travers le viseur de Jin, celles et ceux qui la suivaient en ligne ont pu se délecter des beautés ainsi révélées tout en se liant à l’artiste, réuni•es par les fils invisibles qui ont exposé son être. Ces publications n’ont pas fait qu’apporter espoir et guérison pendant cette période d’instabilité, elles se voulaient rassurantes ; car même si le monde était, et est toujours, tenu en captivité par un virus, la nature a continué d’enchaîner ses cycles, seules constantes immuables. Tandis que le jardin à la campagne s’épanouissait, partageant ses richesses, les plantes d’intérieur de l’artiste languissaient seules en ville, abandonnées à leur sort. Jin a su capter leur mort pour pleurer les pertes, devenues symbole de la fragilité de la vie et représentation de cette période critique.

Jin observe le monde naturel avec curiosité, cherchant à percer les mystères qu’il renferme. Fascinée par les systèmes cachés qui propulsent ses rythmes temporels, tels ceux qui guident la migration des oiseaux, l’éclosion des fleurs et autres transitions qu’apportent chaque heure, jour, semaine et mois, elle imprègne ses œuvres de l’effet de ses révélations. En collaborant avec ces forces, elle documente les variations provoquées par les changements de lumière et de conditions atmosphériques qui sont elles-mêmes transformées par le passage du temps. Les scènes qui composent son journal visuel immortalisent des moments précis et aigus de ces phénomènes : lorsque des vagues soyeuses scintillent de leurs reflets dorés et que les nuages sont teintés de magenta, lorsque la lune peut être saisie et encadrée par des ombres ou lorsque le ciel et l’air sont palpables. Les effets sont à la fois sculpturaux et picturaux — l’eau, les plantes et les nuages deviennent des matériaux aussi bien que des sujets.

Les prouesses de Jin transforment deux dimensions en vérités tangibles et en expériences sensorielles. Les images sans frontières s’étendent au-delà des cadres ; les horizons se fondent les uns dans les autres ; le ciel, la terre et l’eau ne faisant plus qu’un. Le mouvement est soit suggéré par les réflexions des arbres qui ondulent sur l’eau et le vol des oiseaux ou encore par des ensembles de photographies présentés en séquence, amplifiant une impression de flux. Des tirages flous et indistincts intensifient notre implication dans le déchiffrage du sujet visé par l’image, ce qui évoque le caractère indomptable et énigmatique des éléments constitutifs de la nature et de ses sphères regorgeant de merveilles. »

— Iris Amizlev, Commissaire

© Hua Jin, 2020-09-28 (Blooming Hibiscus), 2020, 76,2 x 50,8 cm.

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