L’homme qui répare les appareils

par Photo Solution

René Genest est réparateur d’appareils photo depuis 38 ans. Plein d’anecdotes, véritable mine d’or d’informations et excellent vulgarisateur, René a commencé sa carrière alors que l’argentique était roi. Il a donc été aux premières loges de l’évolution du monde de la photo.

Sa passion pour la photographie a commencé à l’âge de douze ans alors qu’un de ses amis faisait du noir et blanc. Extrêmement curieux de nature, il a voulu en connaître le processus de développement.

Pour la maigre somme d’un dollar, le jeune réparateur en devenir s’est alors acheté une pinte de Dektol et du fixateur en plus d’une dizaine de feuilles 8×10. C’est aussi à ce moment qu’il s’est mis à démonter et assembler ses propres appareils.

DEVENIR RÉPARATEUR

Mais pour faire ce métier, qu’est-ce que ça prend? En argentique, tout était de la mécanique, alors qu’aujourd’hui, beaucoup de pièces mécaniques mobiles ont été remplacées par des circuits électroniques plus fiables et plus précis. Il faut donc savoir comment cela se pense, comment cela se programme.

Il faut acquérir des bases en électronique, mais aussi avoir une bonne dextérité, des connaissances en physique optique et en mécanique. Pour les passionnés de la chambre noire, il faut aussi avoir des connaissances en chimie. Ensuite? Il faut apprendre « sur le tas »!

Encouragerait-il quelqu’un à poursuivre dans cette voie? Seulement si la personne est réellement passionnée, car malgré la beauté de la profession, le réparateur avoue à brûle-pourpoint que c’est un métier envahissant et que l’avenir y est incertain.

Les appareils photo sont des outils de grande précision. Nous avons demandé à René comment il calibrait ceux-ci : « Le testeur va lire au millionième de seconde, au début, au milieu et à la fin de l’obturation pour que les deux rideaux qui se suivent lors du balayage ne se rejoignent pas en fin de course, sinon il n’y aurait pas d’obturation. »

UNE RÉVOLUTION

Alors que l’on aurait pu croire que la révolution de l’argentique au numérique aurait compliqué sa tâche, René affirme pourtant que c’est le contraire qui s’est produit. Et la transition, il a eu le temps de la voir.

« Avant, on réparait beaucoup. Maintenant, on remplace les pièces, car ça ne coûte plus rien à fabriquer. Mais la base reste la base, comme dans les voitures, il y a toujours eu une pédale à “gaz”, une pédale à “brake” et un volant… »

Pour lui, le passage de l’argentique au numérique aura été important pour l’environnement et la santé des gens : « C’était toxique et cancérigène. Ça allait dans les égouts, ça a détruit des plomberies en cuivre, ça grugeait les tuyaux. » Le réparateur raconte entre autres le cas d’une dame qui faisait son épicerie et qui a reçu le plafond et des eaux usées sur la tête puisque les gens du laboratoire photo situé au-dessus ignoraient que leur plomberie était en cuivre.

Le réparateur mentionne aussi l’oxide de thorium qui était utilisé dans la fabrication de certains objectifs de l’époque. « L’indice de réfraction était beaucoup plus élevé que le verre ordinaire ce qui fait que pour les très grandes ouvertures, on avait une meilleure qualité optique. » L’oxide de thorium étant un composant radioactif, il n’est plus utilisé. Si vous disposez d’un vieil objectif qui contient cette substance, René Genest se veut rassurant en mentionnant que la quantité présente équivaut à une radiographie dentaire.

ET L’OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE?

Si les ingénieurs redoublent d’efforts pour que la production en série soit plus simple et rentable, René peut affirmer que l’obsolescence programmée n’est pas un phénomène nouveau : « Elle existe depuis bien plus longtemps. Prenez les bas de nylon par exemple. Vous pensez que c’est un hasard s’ils s’effilochent aussi rapidement? »

Plusieurs manufacturiers effectuent leurs propres réparations ou utilisent un sous-traitant autorisé. L’acquisition de pièces devient donc plus difficile pour le réparateur indépendant. Certaines compagnies ont même des tarifs uniques, peu importe la réparation; il devient alors plus simple pour elles de remplacer l’appareil à réparer par un neuf.

Une chose est certaine, c’est que le rythme d’acquisition des connaissances a changé. En effet, si celui-ci doublait tous les trente ans, maintenant, c’est tous les deux ans.

Guy s’est rendu sur les lieux pour tester sa dextérité et réparer son vieux Pentax SV. De son propre aveu, si ce n’avait été des bons conseils et de la patience de l’équipe de Service Caméra Pro, la réparation se serait probablement terminée à coups de marteau!!

L’AVENIR

Quand on lui pose la question à savoir quel est l’avenir du métier, il avoue de but en blanc qu’il n’en a aucune idée. « C’est dur à dire, je ne sais pas […]. L’avancement va tellement vite, on ne sait pas de quoi demain sera fait. Ça coûte tellement peu cher de fabriquer un appareil maintenant que la réparation risque de devenir obsolète, car il y aura des politiques de remplacement à bas prix. »

Preuve que le métier de réparateur devient de plus en plus rare, le marché de Service Caméra Pro est de plus en plus étendu. À l’époque, 80 % de sa clientèle était locale et 20 % provenait du reste du Canada. Aujourd’hui, c’est presque l’inverse. En effet, René mentionne qu’il reçoit des produits à réparer d’aussi loin que du Yukon.


LES RÉPARATIONS LES PLUS FRÉQUENTES

Service Caméra Pro, c’est une affaire d’équipe, et René ne peut passer sous silence l’apport de ses acolytes Maurice Pitre et Normand Leduc ainsi que la contribution de Sylvie Robitaille, la patiente épouse qui veille à la gestion de leur travail. servicecamerapro.com

Lorsqu’on lui demande s’il y a un entretient régulier, le réparateur insiste sur le fait qu’il ne faut pas se compliquer la vie et ne pas en faire une inquiétude viscérale. « Ça dépend de ce qu’on fait avec notre appareil. Mais normalement, si le capteur est propre, le reste de la caméra l’est aussi. »

Les réparations les plus fréquentes sont les appareils dont le bloc optique est coincé et les bris dus aux impacts. « Lorsqu’un impact survient, c’est souvent l’objectif qui va absorber le choc, les baïonnettes vont casser, alors que le boîtier, lui, s’en tire généralement très bien. » Lorsque le boîtier a besoin de réparation, c’est souvent dû à l’usure. Dans ces cas-là, il suffit tout simplement de changer les pièces, lorsque cela est possible.

« On change aussi les obturateurs. Ça, souvent, ce sont des gens qui ont essayé de nettoyer eux-mêmes leur capteur. Ils ont nettoyé leur surface et des gouttes se sont insérées entre les lames de l’obturateur. Les lames ne glissent plus et collent ensemble. Au prochain déclenchement, l’obturateur se volatilise. Dans 98 % des cas, le remplacement d’obturateurs est dû à ça. »

Avant, il était possible de récupérer les appareils photo tombés à l’eau, car le tout était mécanique. « Maintenant, c’est difficile parce que c’est trop fragile. » Mais il est encore possible d’enlever l’humidité pour empêcher l’oxydation dans votre appareil. Le réparateur met votre caméra dans une chambre hyperbare et fait le vide complet. Avec la réintroduction d’azote, le problème est réglé!

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